Made in Europe : quels avantages pour la mobilité quotidienne ?

Le 17 avril 2026
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Le déjeuner-conférence « Mobility Sphere », organisé par le député européen Thomas Pellerin-Carlin, s'est tenu le mardi 5 mai 2026 au Parlement européen à Bruxelles.

S'appuyant sur les discussions de notre dernière édition de l'événement à Bruxelles en mai 2025, cette manifestation aura pour thème : « Made in Europe : quels avantages pour la mobilité quotidienne ? Concilier la souveraineté industrielle et le besoin de véhicules de transport public propres et évolutifs. » La discussion portera sur des solutions concrètes pour aborder la stratégie industrielle et la compétitivité européennes, en mettant particulièrement l'accent sur les transports publics ferroviaires et routiers.

Parmi les intervenants invités, on compte :

  • Thomas Pellerin-Carlin, Député européen, Commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie (ITRE);
  • Arthur Corbin, Conseiller économique auprès du vice-président exécutif chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle, Commission européenne ;
  • Barbara Lenz, Ancienne directrice de l'Institut allemand de recherche sur les transports à Berlin et professeur de géographie des transports à l'université Humboldt ;
  • Philipp Lausberg, Analyste politique, Centre de politique européenne ;
  • Aitor Galarza, Directeur de la stratégie et des finances chez CAF Group / Solaris.
  • François Gemenne – Auteur principal du GIEC, Conseiller scientifique, The Mobility Sphere

Faire avancer la mobilité « Made in Europe »

Lors de sa conférence de Bruxelles en mai 2026, la Mobility Sphere s'est penchée sur le décalage entre les besoins de l'Europe en matière de mobilité propre et une industrie nationale peinant à y répondre, et a examiné les voies vers un « Made in Europe » pour la mobilité du quotidien.

European Parliament in Brussels

Lors de la conférence The Mobility Sphere en mai 2026 au Parlement européen à Bruxelles, des dirigeants industriels, des décideurs politiques et des chercheurs ont décrit une demande urgente de véhicules propres face à une base industrielle européenne fragile, et ont appelé les autorités de l'UE à utiliser plus fermement les outils existants pour protéger et relancer la fabrication nationale, alors que les marchés se durcissent, que les distorsions s'accentuent et que la concurrence loyale est menacée.

« La Chine déverse des montants colossaux de subventions dans les chaînes de valeur des véhicules électriques, dans les matières premières, dans les batteries, etc. », a observé Philipp Lausberg, analyste politique senior au Centre de politique européenne.

Aitor Galarza, directeur Stratégie et Finance du groupe CAF / Solaris, a cité des données de l'OCDE indiquant que les entreprises chinoises dans le secteur ferroviaire « reçoivent plus de 70 % des subventions mondiales ».

Salle conférence The Mobiity Sphere Bruxelles mai 2026

Résultat, ont averti plusieurs intervenants : un décalage capacitaire. Thierry Mallet, PDG du groupe Transdev, a déclaré que « si nous voulons davantage de bus électriques, notre outil industriel n'est pas en mesure de les fournir ».

Les intervenants ont plaidé pour une réponse à double volet : une création offensive de la demande pour régénérer l'industrie, et une application défensive des règles pour garantir une concurrence équitable.

Qualifiant le Règlement européen sur les subventions étrangères de « magnifique outil », plusieurs participants ont estimé qu'il devrait être appliqué plus largement et adapté aux réalités sectorielles, afin de contrecarrer efficacement les subventions extra-européennes qui faussent les marchés publics.

La nécessité de renforcer le marché unique a été un autre thème récurrent. Le député européen Thomas Pellerin-Carlin a formulé le paradoxe en ces termes : « Si vous voulez simplifier les règles pour les entreprises, vous avez besoin de davantage de réglementation européenne. Pourquoi ? Parce que le problème vient de règles nationales fragmentées et directes qui changent sans cesse. »

Les intervenants ont indiqué que l'harmonisation des normes et la réduction des dérogations nationales permettraient de réduire les coûts, de raccourcir les délais de livraison et de permettre aux fabricants de passer à l'échelle supérieure à travers les frontières.

Participants à la conférence The Mobility Sphere Bruxelles Mai 2026

La commande publique est apparue comme le levier le plus immédiat. Les participants ont rappelé que les marchés publics représentent environ 15 % du PIB européen et peuvent être utilisés pour créer une demande prévisible au profit des fournisseurs européens. « En matière de marchés publics, il est justifié de s'éloigner du seul critère du prix », a déclaré Lausberg.

La cohérence des politiques et le financement ont constitué le troisième pilier. Les intervenants ont appelé à un investissement coordonné de l'UE et des États membres pour réduire les risques liés aux projets à forte intensité capitalistique — batteries, gigafactories et modernisation des usines — et à un alignement entre commande publique, normes et financement afin d'éviter que le déploiement ne soit freiné pendant la reconstruction des capacités.

Arthur Corbin, conseiller commercial auprès du vice-président exécutif chargé de la Prospérité et de la Stratégie industrielle à la Commission européenne, a estimé que l'UE devrait déployer un ensemble d'« outils offensifs et défensifs » — création stratégique de la demande via les marchés publics et protection intelligente là où les marchés sont faussés.

Par ailleurs, le pragmatisme a été jugé essentiel, car les opérateurs doivent assurer des services aujourd'hui, et non à un horizon lointain. « Si je veux un bus électrique demain, je ne peux pas l'avoir. Point final », a déclaré Antoine Grange, PDG Europe de Transdev, en appelant les décideurs à concilier les ambitions industrielles avec la réalité opérationnelle des flottes et des lignes.

Les intervenants sont revenus à plusieurs reprises sur un point central : l'Europe dispose déjà de leviers juridiques — règles sur les marchés publics, Règlement sur les subventions étrangères, filtrage des investissements et loi sur l'accélérateur industriel — mais la différence se fera par la volonté politique et la mise en œuvre en temps utile. « Les décisions doivent être prises aujourd'hui, elles doivent être mises en place demain », a insisté Galarza.

Ne pas agir, ont averti les participants, pourrait revenir à céder à des acteurs non européens les dépôts de bus et les usines de batteries de demain. Comme l'a formulé le député européen Thomas Pellerin-Carlin, le secteur de la mobilité est au cœur de la transition climatique et ne peut se permettre de s'enliser — faute de quoi l'Europe se retrouvera « coincée au milieu de la transition ».

Sur une note prudemment optimiste, Corbin a rappelé à l'assistance l'alignement stratégique entre climat et industrie : « Il n'y a pas de décarbonation sans industries européennes solides, et il n'y a pas d'industries européennes solides sans décarbonation. »

La tâche qui incombe à Bruxelles, ont pressé les intervenants, est de convertir cet alignement en règles applicables, en demande prévisible et en financements à grande échelle — le plus vite possible.

Le domaine de la mobilité. Des perspectives transformatrices et durables par transdev

The Mobility Sphere est notrethink tank européen qui explore l'avenir de la mobilité. Depuis son lancement en 2023, il réunit des acteurs publics et privés, ainsi que des experts universitaires afin de réfléchir à la mobilité de demain et de concevoir ensemble des solutions innovantes et inclusives.

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