« Se rassembler en tant qu'Européens pour défendre l'industrie »
Les membres de l'UE doivent déployer des stratégies communes pour défendre leur industrie face à une concurrence mondiale qui n'est pas toujours équitable, plaide Philipp Lausberg, analyste politique senior au European Policy Centre, dans un entretien avec le Mobility Times.
0:00 L’Union européenne doit se montrer beaucoup plus déterminée lorsqu’il s’agit de soutenir son industrie. 0:11 L’ordre économique mondial actuel ne repose plus sur le libre-échange des biens, des marchés ouverts et des règles communes. Il est désormais de plus en plus dominé par la concurrence entre les grandes puissances. 0:20 Des acteurs majeurs comme les États-Unis et la Chine utilisent aujourd’hui les relations économiques comme un outil stratégique. 0:32 Cette situation exerce une pression croissante sur l’industrie européenne de la mobilité. Dans des domaines tels que les véhicules électriques, les technologies de batteries ou encore les logiciels, l’Union européenne accuse un retard. 0:44 Nous devons mieux protéger notre industrie. 0:46 L’Union européenne dispose déjà d’instruments tels que le règlement sur les subventions étrangères, l’instrument anti-coercition et un système élaboré de contrôle des investissements étrangers. Il reste encore beaucoup à faire pour exploiter pleinement ces outils. 1:02 Dans le même temps, l’Europe a besoin de partenaires solides à travers le monde pour soutenir son industrie, en particulier dans le secteur de la mobilité. 1:09 L’Union européenne devrait collaborer beaucoup plus étroitement avec ces partenaires afin d’intégrer davantage les chaînes de valeur et de renforcer sa compétitivité industrielle. 1:15 En s’appuyant sur des chaînes de valeur partagées et des partenariats stratégiques renforcés, l’Europe pourra mieux soutenir et développer son industrie de la mobilité sur le long terme.
Le Mobility Times : Que devrait faire l'UE pour développer et protéger son secteur de la mobilité ?
“L'Union européenne doit se montrer beaucoup plus offensive lorsqu'il s'agit de soutenir son industrie, en la promouvant par des investissements stratégiques, par une politique industrielle stratégique et bien coordonnée qui inclut la stimulation de la demande, le soutien à l'industrie et aussi des investissements massifs dans les infrastructures. Sur la technologie des batteries, sur le logiciel, l'UE est en retard, et aussi sur les infrastructures. La Chine domine de plus en plus les chaînes de valeur des véhicules électriques, les États-Unis, avec leur politique tarifaire, privent l'UE de marchés d'exportation, et les exportations chinoises bon marché vers l'UE dans le domaine de la mobilité font pression sur l'industrie automobile et l'industrie du bus européennes.”
Philipp Lausberg
Senior Policy Analyst, European Policy Centre.
De quels outils spécifiques l'UE dispose-t-elle pour protéger ses industries ?
L'Union européenne dispose d'instruments comme le règlement sur les subventions étrangères. Elle a l'instrument anti-coercition. Elle a un système élaboré de filtrage des investissements.
Ces outils sont-ils utilisés efficacement ?
Ils ne sont pas assez appliqués et peuvent être affinés. Il y a donc beaucoup à faire. Cela tient surtout à la volonté politique des États membres. Les États membres doivent un peu plus oublier leur intérêt individuel et se rassembler en tant qu'Européens pour défendre leur industrie.
Comment la commande publique devrait-elle être utilisée ?
Il y a un argument à faire valoir pour s'éloigner du seul critère de prix et utiliser ce levier — 15 % du PIB européen en pouvoir d'achat — au service de l'industrie européenne. Cela ne passe pas forcément, par exemple, par des règles de localisation directes. Cela peut aussi se faire par des normes de durabilité, de conditions de travail. Cela peut se faire en réduisant la dépendance à l'égard d'un fournisseur particulier, et ainsi de suite.
Qu'en est-il des mesures côté demande pour stimuler les produits de mobilité européens ?
On pourrait plaider pour des subventions aux consommateurs, afin de favoriser l'achat de produits de mobilité fabriqués en Europe.
Comment le contexte économique mondial affecte-t-il les industries européennes de la mobilité ?
L'ordre économique mondial actuel n'est pas vraiment à l'avantage des structures de l'UE. L'UE n'a pas été conçue pour cet ordre, qui ne repose plus sur le libre-échange des biens, sur des marchés et des règles libéraux, mais qui est de plus en plus dominé par la rivalité entre grandes puissances et par l'usage d'instruments économiques pour accroître les rapports de force.
Qui sont les principaux concurrents de l'Europe et quelles pressions exercent-ils ?
Il y a des investissements massifs dans la politique industrielle, surtout chez les principaux concurrents de l'UE, les États-Unis et la Chine. La Chine déverse d'énormes montants de subventions dans les chaînes de valeur des véhicules électriques, dans les matières premières, dans les batteries, etc., et les États-Unis, par exemple, investissent massivement dans l'IA. Tous ces outils sont relativement nouveaux, et ils font pression sur l'industrie européenne de la mobilité.
L'Europe devrait-elle rechercher davantage de partenariats ?
L'Europe a besoin de partenaires solides dans le monde pour soutenir son industrie, en particulier dans la mobilité. Ces partenaires doivent être fiables. Idéalement, ils devraient partager les mêmes valeurs. L'Union européenne devrait viser une intégration plus étroite avec eux en matière de commerce, de politique industrielle, de normes, et aussi de politique étrangère.



