Transdev Forward
Le podcast des mobilités
Le podcast des mobilités
Des tendances de société qui posent des questions pour les entreprises. Comment Transdev anticipe ce qui pourrait l’impacter demain ? Dans chaque épisode, un enjeu, une voix du terrain et des réponses concrètes pour préparer l’avenir.
À quoi ressemblera le monde demain ?
Les transformations en cours – démographiques, climatiques, technologiques… – ne sont pas des concepts abstraits. À Toronto ou à ou à Rouen, dans un dépôt de bus ou sur un réseau de tramway, ces tendances se traduisent déjà en réalités très concrètes pour Transdev, au quotidien. Dans les 19 pays où l’entreprise opère, les impacts sont bien réels pour les équipes, les passagers, les territoires.
Dans chaque épisode de Transdev Forward, un collaborateur du Groupe Transdev explore un même enjeu stratégique : comment garder une longueur d’avance dans le monde qui vient, et comment anticiper malgré l’instabilité et les incertitudes ? C’est à cette question que nos invités répondront.
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S01E02 : Adaptation climatique
Chaleurs extrêmes, tempêtes, pluies diluviennes... Les événements climatiques se multiplient et mettent les réseaux de transport à dure épreuve. Pour les opérateurs de mobilité, l’enjeu n’est plus seulement de réduire leur empreinte, c'est aussi d’assurer la continuité du service dans un environnement qui change. Présent dans 19 pays, sous des latitudes très différentes, le Groupe fait de cette adaptation une priorité opérationnelle.
Chez Transdev Sydney Ferries, en Australie, William Paranihi en mesure chaque jour la réalité. En tant que General Manager Sécurité et Conformité, il garantit la fiabilité d’un réseau maritime directement exposé aux caprices de la météo. Dans cet épisode de Transdev Forward, William nous explique comment ses équipes se préparent à cette « nouvelle norme », entre évolution des procédures, formation du personnel et anticipation des risques. L'objectif : que voguent les ferries de Sydney – qu'il pleuve, qu'il vente, ou qu'il fasse 46 °C.
LAURE-ANNE WARLIN : Bonjour, je m'appelle Laure-Anne Warlin, je suis en charge de la Prospective chez Transdev. Bienvenue dans un nouvel épisode de notre podcast Transdev Forward. Chaque jour, Transdev accompagne des millions de voyageurs dans 19 pays. Mais le monde dans lequel nous opérons évolue – et il évolue vite. Entre l'adaptation climatique, le choc démographique, les innovations technologiques, les attentes de nos passagers... tout est en mouvement perpétuel. Et mon rôle, c'est d'aider l'entreprise à ne pas rester spectatrice de ces changements. C'est de poser dès aujourd'hui les bons jalons pour garder une longueur d'avance demain. C'est ce que je partagerai avec vous dans ce podcast. Dans chaque épisode, j'échange avec un membre de nos équipes – pas un consultant, pas un analyste, mais quelqu'un qui est sur le terrain. Il nous racontera ce qu'il fait déjà pour que Transdev soit, comme on dit ici, « future-ready », prêt pour demain. Dans ce deuxième épisode, nous allons traiter d’un sujet qu’il n’est plus possible d’ignorer : l'adaptation climatique. Canicules, inondations, montée des eaux... Ces phénomènes ne sont plus des exceptions. Ils impactent déjà largement nos déplacements quotidiens : repenser la façon d’opérer les transports s’impose donc comme un enjeu fondamental pour garantir la sécurité et le confort des voyageurs demain. Pour en parler, je reçois aujourd'hui William Paranihi. William est General Manager Sécurité et Conformité chez Transdev. Il s’occupe de l’activité Ferries du Groupe, en Australie – un pays dans lequel l'adaptation climatique fait déjà partie du quotidien des opérateurs. Depuis plusieurs années, il travaille à moderniser les ferries, à enrichir les compétences des équipes mais aussi à améliorer l'expérience des passagers face à la nouvelle donne climatique. Dans cet épisode, il partagera avec nous les solutions déjà mises en œuvre et les enseignements tirés de son expérience de terrain. William, bonjour… WILLIAM PARANIHI : Bonjour, merci de me recevoir. LAURE-ANNE WARLIN : Pour commencer, William, une question pour remettre les choses en perspective : vous avez passé 35 ans dans les domaines de la sécurité, de la santé et de l'environnement, dont les trois dernières années à votre poste actuel. En quelques mots, dites-moi : quel est l’impact du changement climatique sur votre métier au quotidien ? WILLIAM PARANIHI : Oh, bonne question. Je vais d'abord rapidement décrire le contexte avant de rentrer dans les impacts du changement climatique : à Sydney, notre activité de Ferries transporte environ 15 millions de passagers par an, avec une flotte d'à peu près 39 navires. Nous sommes une véritable attraction touristique, donc nos passagers ne sont pas seulement des habitués, des locaux : il y a aussi énormément de touristes, à qui nous avons la chance de faire découvrir notre magnifique baie de Sydney. Mon poste, en particulier, couvre cinq piliers : la sécurité, la santé, la qualité, l'environnement et la sûreté. Je ne dirais pas seulement que le climat impacte mon métier : il le fait évoluer. Notre activité est fortement exposée aux événements climatiques, en particulier la montée des eaux et les phénomènes météo extrêmes. Nos équipes sont entraînées à gérer ce type de situation : c'est quasiment devenu la norme pour elles, c’est presque « business as usual ». Elles vivent ces phénomènes au quotidien, que ce soient les chaleurs extrêmes ou les orages violents. Au cours des 10 dernières années, on a connu une série de tempêtes et d'inondations, juste avant le Covid notamment. En février 2020, Sydney a connu ses plus fortes pluies depuis 30 ans – ce qui a provoqué une érosion sévère de notre littoral et de nos cours d'eau. De même, en 2022, de nouvelles inondations ont entraîné des évacuations massives dans l'ouest de Sydney. Il y a aussi eu des feux de brousse, en 2020, même si les incendies eux-mêmes étaient en dehors de la ville. Si vous aviez vu l'ampleur des nuages de fumée épaisse et la quantité de cendres qui se sont déposées sur Sydney pendant des semaines... la qualité de l'air a atteint des niveaux extrêmement dangereux, des niveaux environ onze fois supérieurs au seuil de risque habituel. Je vous laisse imaginer l’état des urgences et des hôpitaux débordés par le nombre de problèmes respiratoires et cardiovasculaires… Un autre exemple, c’est l’intensification des vagues de chaleur, ces trois dernières années, avec des températures qui peuvent atteindre 44 à 46 degrés à l'ombre. Évidemment, on a dû mettre en place toute une série de mesures et de protocoles pour garantir la continuité de notre activité. LAURE-ANNE WARLIN : C’est intéressant, ça – et justement, la chaleur est devenue l'un des principaux défis à surmonter pour opérer les ferries de Sydney. Pour les millions de voyageurs qui utilisent ce mode de transport, qu’est-ce que ça veut donc dire au quotidien ? WILLIAM PARANIHI : Ça peut se traduire de plusieurs façons. Mais par exemple, il y a encore deux ans, tous nos navires n'étaient pas équipés de climatisation. Il faut s’imaginer des températures en cabine qui peuvent atteindre 40 à 50 degrés, en particulier quand on remonte vers le fleuve Parramatta, tout au bout de notre réseau, là où l'air est particulièrement dense. Il n’y a aucune brise marine à cet endroit, donc ça devient assez dangereux, autant pour nos équipages que pour nos passagers. La ligne du fleuve Parramatta est la plus touchée, justement à cause de cette absence de brise. On a donc dû rééquiper toute notre flotte et nos infrastructures en climatisation, pour garantir la sécurité de nos passagers, et pour éviter les interruptions ou perturbations de notre service. LAURE-ANNE WARLIN : Donc la sécurité passe vraiment avant toute autre considération… WILLIAM PARANIHI : Oui, absolument. Le travail de planification en amont est essentiel. Nous surveillons en permanence les conditions météorologiques et en particulier au moment des vagues de chaleur. On anticipe trois à quatre jours à l’avance pour mettre en place des mesures d'atténuation : avoir suffisamment de personnel, prévoir des équipes de relève, rallonger les pauses déjeuner et les temps de récupération pour nos collaborateurs… On veille à ce que chacun soit bien hydraté en distribuant de l’eau. Et nous sommes attentifs à nos équipes et à nos passagers, en particulier les enfants et les personnes âgées. LAURE-ANNE WARLIN : Alors bien sûr, vous parlez là de conditions spécifiques à votre région – mais est-ce que l’on peut considérer que Sydney nous donne un aperçu de ce qui se jouera plus globalement ailleurs, demain ? Dans quelle mesure est-ce que la ville préfigure ce que d’autre réseaux pourraient finalement expérimenter dans le futur ? WILLIAM PARANIHI : Je pense qu'il faut avant tout faire ce qui est en notre pouvoir pour réduire les risques. Mais la vraie priorité reste toujours la même : c’est placer la sécurité de nos équipes et de nos passagers au cœur de toutes nos décisions, de toutes nos initiatives et de tous nos protocoles opérationnels. La nouvelle norme, c'est que les épisodes de chaleur vont devenir de plus en plus fréquents et plus en plus intenses. C'est la réalité, c'est comme ça. Nous devons donc être très vigilants et prendre les mesures d’adaptation nécessaires. Il faut vraiment évoluer avec les changements, mais aussi s'y préparer. Commencer à planifier dès maintenant, anticiper ce qui pourrait arriver, passer en revue nos actifs, nos process, nos protocoles. C’est comme ça qu’on pourra avoir un temps d'avance sur ce qui va devenir la nouvelle norme. C’est comme ça que nous procédons, ici, à Sydney, pour nous adapter et intégrer progressivement ces nouvelles réalités depuis maintenant une dizaine d’années. LAURE-ANNE WARLIN : Je crois que vous avez d'ailleurs parlé de « business as usual », de « routine » tout à l'heure… WILLIAM PARANIHI : Oui, tout à fait. Pour nous, c'est devenu la nouvelle norme, et on se prépare déjà à la prochaine phase, à ce qui pourrait arriver par la suite. Et pour ça, à nouveau, la phase de planification est clé. Adopter une vision de très long terme est indispensable pour se projeter dans ce que pourraient être les cent prochaines années. Par exemple : Jusqu'où le niveau de la mer va-t-il monter ? Nous intégrons dès aujourd’hui ce genre de questions dans notre réflexion, et ensuite on ajuste et on avance. LAURE-ANNE WARLIN : Alors comment est-ce que cela se traduit, dans les faits ? Face à des événements climatiques de plus en plus fréquents et intenses, comment assurez-vous la continuité d'un service aussi essentiel que la mobilité ? WILLIAM PARANIHI : Je pense que ça demande une capacité de résilience à plusieurs niveaux. C'est comme ça, je crois, qu'on réussit à gérer la situation, parce que les phénomènes extrêmes deviennent plus fréquents. Il faut garantir la sécurité tout en limitant les perturbations opérationnelles. La sécurité a vraiment toujours été notre priorité. En s'appuyant sur des évaluations de risque en temps réel, on doit être prêts à prendre des décisions de dernière minute pour s'adapter au risque. On peut nous annoncer 46 degrés pour demain, et finalement la température atteindra peut-être 48 ou 49 degrés, si bien que les dispositifs en place ne seront peut-être pas suffisants. C'est donc essentiel pour nous de surveiller la situation en continu, avant, pendant et après chaque événement. LAURE-ANNE WARLIN : Et au-delà de la climatisation, en termes d’investissements – quelles sont aujourd’hui les priorités ? Qu’elles soient visibles ou non. Que ce soit visible ou pas… WILLIAM PARANIHI : On est actuellement en phase de conception de nos premiers ferries électriques, avec une mise en service prévue d'ici la fin de l'année prochaine si tout va bien. On sait que l'Australie est peut-être un peu en retard en matière de technologie, alors que d'autres pays font déjà fonctionner des ferries électriques. Donc on est vraiment très excités à l'idée de voir ce que ça peut apporter. Du côté des investissements moins visibles, il y a bien entendu toute la modernisation des infrastructures, des quais, en plus de l’attention portée à la gestion de la montée des eaux. Ce genre d'investissements, moins visibles, se fait en coulisses. Dans notre cas, les actifs appartiennent à notre client. Et donc on encourage notre client à se préparer au changement climatique, c'est quelque chose sur lequel on travaille depuis deux ou trois ans. Notre client nous a d’ailleurs associés à ses réflexions, dans des forums notamment, en tant qu'experts du sujet – puisqu'en plus de gérer l’exploitation des ferries, on gère aussi les infrastructures. Et donc ils nous ont associés à ces échanges pour qu'on puisse apporter notre expertise, suggérer des pistes d'amélioration, et proposer des initiatives. LAURE-ANNE WARLIN : Ça c’est une belle preuve de confiance ! Et plus largement, au-delà de la chaleur, quels autres risques liés au climat votre équipe anticipe-t-elle, et comment faites-vous pour assurer le fonctionnement du réseau en cas de problème ? WILLIAM PARANIHI : Oui, c’est encore une bonne question. Il y a de fortes houles, de fortes pluies qui provoquent des inondations : on se retrouve alors avec des débris qui flottent le long de nos cours d'eau, ce qui présente évidemment un risque pour la navigation. On vit ça quasiment chaque semaine. Et typiquement, on gère ce type de situations grâce à une communication étroite avec toutes nos parties prenantes. C’est la meilleure façon de limiter les risques qui apparaissent au fur et à mesure. C’est un effort auquel on participe tous, pour s'assurer que notre réseau reste libre de tout débris, s’assurer que la houle est maîtrisée, et que nos navires peuvent naviguer jusqu'à certaines hauteurs d’eau. Selon la situation, il peut nous arriver d'annuler des traversées, pour la sécurité, ou pour respecter les exigences propres à nos navires. Mais les fortes pluies, la houle, la montée des eaux, oui, tout ça a un impact considérable sur notre service de ferries. LAURE-ANNE WARLIN : Vous nous parlez d’un effort, d’une dynamique collective… Selon vous, quelles initiatives montrent le mieux comment Transdev se prépare à relever les enjeux de mobilité liés au climat ? Si vous deviez citer un exemple concret pour nos auditeurs, ce serait quoi ? WILLIAM PARANIHI : Aujourd'hui, il y a deux grands chantiers qui concentrent particulièrement notre attention. D'un côté, le développement des futurs ferries électriques, qui sont encore en cours de conception. De l'autre, les projets de modernisation des infrastructures, que nous préparons avec notre client. Ce sont des projets ambitieux qui demanderont des investissements conséquents. Pour les accompagner, nos équipes mènent un important travail de veille et de recherche à l'international afin d'identifier les meilleures solutions, tant pour les infrastructures que pour les nouveaux bateaux électriques. LAURE-ANNE WARLIN : Et justement, pour ce qui est de vos équipes, comment garantissez-vous leur bonne formation à ce sujet ? Comment assurez-vous leur sensibilisation face à ces transformations ? WILLIAM PARANIHI : Nous avons récemment mis en place un module pour s'assurer que tous les nouveaux collaborateurs disposent des connaissances et de la formation nécessaires concernant l'adaptation climatique. Pendant cette phase d’intégration, nous présentons aussi des supports dédiés au sujet, à la façon dont ça impacte non seulement notre pays, notre ville, mais aussi notre activité. Pour beaucoup de nouveaux arrivants, c'est la première fois qu'ils sont sensibilisés à ces questions Aujourd'hui, nous faisons beaucoup de pédagogie sur ces sujets. Et ce qui ressort très souvent, c'est la surprise. Beaucoup de personnes découvrent pour la première fois ce qui pourrait se produire au cours des cent prochaines années et réagissent en disant : « Waouh, on ne nous avait jamais expliqué ça. » Je pense que c'est extrêmement utile, aussi bien pour l'entreprise que pour les collaborateurs eux-mêmes. Ce qui me frappe le plus, c'est à quel point ils sont étonnés par les changements qui pourraient nous impacter à long terme. LAURE-ANNE WARLIN : C’est frappant, effectivement ! Dernière question pour vous, William : au regard de vos 35 ans d'expérience, quand vous voyez tout ce qui est mis en place chez Transdev sur le front de l’adaptation climatique, qu'est-ce qui vous rend le plus fier ? WILLIAM PARANIHI : Ce qui me rend fier, c'est de vraiment faire partie de la conversation. On est déjà en train de planifier, des années en avance, les grands bouleversements à venir – même si ce n’est que le début… Ce qui me rend fier, c'est qu'on soit impliqués, qu'on prenne la question climatique au sérieux. C'est un sujet important auquel tout le monde, malheureusement, va être confronté, que ce soit nous directement ou les générations futures. C’est pour ça que c'est important pour nous de commencer à préparer l'avenir dès maintenant. Et c’est pour ça que je suis fier que Transdev soit aujourd'hui une voix reconnue, dans les moments d’échanges avec nos partenaires, et qu'on contribue à façonner l'agenda de modernisation des infrastructures. On planifie concrètement pour demain, on ne se contente plus d'en parler. Je suis fier que notre équipe puisse prendre part à ces discussions et faire entendre son point de vue pour construire l’avenir. LAURE-ANNE WARLIN : Merci beaucoup, William – merci d'avoir partagé votre expérience, votre point de vue, et tous les enseignements que Sydney a à nous offrir. WILLIAM PARANIHI : Merci à vous. C’était un plaisir. LAURE-ANNE WARLIN : Ce que je retiens de notre échange, William, c’est que l’adaptation climatique est un sujet de résilience. Cette thématique influence déjà aujourd'hui la manière dont les réseaux de mobilité sont pensés pour opérer demain. Ce que vous nous avez bien expliqué aussi, c’est que l'adaptation climatique est nécessairement une démarche collective. À Sydney, on comprend que le sujet dépasse largement la seule gestion des aléas météorologiques. L’adaptation climatique est en fait avant tout un sujet humain : il s’agit de garantir la sécurité des passagers et des collaborateurs, quelles que soient les circonstances. Et cela exige une coopération étroite entre tous les acteurs de l'écosystème : opérateurs, autorités organisatrices, collectivités et partenaires locaux. Merci d'avoir écouté ce deuxième épisode de Transdev Forward. Nous espérons que vous l’avez apprécié autant que nous – n'oubliez pas de vous abonner sur votre plateforme préférée pour ne manquer aucun épisode, et n'hésitez pas à le partager autour de vous ! À très bientôt.
S01E01 : Démographie
Face aux transformations démographiques, deux questions principales se posent pour les opérateurs de la mobilité : celle des besoins des passagers demain et celle des enjeux RH à venir. Pour un Groupe qui opère dans 19 pays et compte plus de 100 000 collaborateurs, ces questions sont stratégiques.
Jessica Knechtel connaît bien ces problématiques. En charge de la division transport scolaire de Transdev dans la Région du Grand Toronto, au Canada, elle est confrontée au quotidien aux multiples impacts du choc démographique. Dans cet épisode inaugural de Transdev Forward, elle nous raconte les transformations que cela implique pour l’entreprise – notamment en termes de recrutement et de fidélisation – et comment elle innove au quotidien pour surmonter ces défis.
LAURE-ANNE WARLIN : Bonjour, je m’appelle Laure-Anne Warlin, et je suis en charge de la Prospective chez Transdev. Bienvenue dans le tout premier épisode de Transdev Forward. Chaque jour, Transdev accompagne des millions de voyageurs dans 19 pays. Mais le monde dans lequel nous opérons évolue – et il évolue vite. Entre l’adaptation climatique, le choc démographique, les innovations technologiques, les attentes de nos passagers… tout est en mouvement perpétuel. Et mon rôle, c’est d’aider l’entreprise à ne pas rester spectatrice de ces changements. C’est de poser dès aujourd’hui les bons jalons pour garder une longueur d’avance demain. C’est ce que je partagerai avec vous dans ce podcast. Dans chaque épisode, j’échangerai avec un membre de nos équipes – pas un consultant, pas un analyste, mais quelqu’un qui est sur le terrain. Il nous racontera ce qu’il fait déjà pour que Transdev soit, comme on dit ici, « future-ready », prêt pour demain. Pour ce tout premier épisode, nous avons choisi un enjeu longtemps sous-estimé, mais qui se retrouve aujourd’hui au centre des débats. Un enjeu clé qui va transformer en profondeur nos sociétés : la démographie. Selon l’OMS, le nombre de personnes de plus de 80 ans va tripler entre 2020 et 2050. Imaginez un peu : il y aura 426 millions de personnes de plus de 80 ans dans le monde. Nous vivrons plus longtemps, nous ferons moins d’enfants… et pour un opérateur de transport public, cela change complètement la donne. Alors, qui seront nos passagers demain ? Et question tout aussi importante : comment recruter, fidéliser et faire évoluer nos collaborateurs dans ce contexte ? Pour nous aider à explorer ces sujets, l’expérience de Jessica Knechtel est précieuse. Jessica dirige la division de transport scolaire de Transdev dans la région du Grand Toronto, au Canada – et au quotidien, elle est déjà confrontée à bon nombre de ces défis démographiques. Elle nous rejoint aujourd’hui pour partager quelques exemples très parlants. Jessica, bienvenue… Jessica, vous êtes en charge de la division transport scolaire de Transdev dans la région du Grand Toronto – on parle de bus scolaires sur un territoire immense. Pouvez-vous nous aider, en quelques mots, à mieux appréhender votre quotidien et votre rôle ? JESSICA KNECHTEL : Eh bien, c’est une vraie aventure, ça c’est sûr ! Et tous les jours ! Moi, je suis directrice générale de la division transport scolaire chez Transdev. Chaque jour, on assure le transport d’élèves dans toute la région du Grand Toronto, principalement dans le cadre du transport adapté : il s’agit en fait de services destinés aux élèves qui ne peuvent pas utiliser les bus scolaires classiques en toute sécurité ou de manière autonome, et qui ont donc besoin d’un peu plus d’aide, de surveillance ou de véhicules adaptés. Au quotidien, on assure, du lundi au vendredi, le transport de près de 900 élèves ayant des besoins particuliers, vers et depuis leur établissement scolaire. En un mot, on s’applique à leur offrir une solution de mobilité et à leur permettre d’acquérir une certaine autonomie. LAURE-ANNE WARLIN : Vous parlez d’une expertise que vous développez pour une population aux besoins spécifiques. Est-ce que cela vous aide aussi à anticiper les besoins d’une population plus âgée demain ? JESSICA KNECHTEL : Ce qui me vient en tête, là, tout de suite, c’est la notion de bienveillance. Nos élèves ont des besoins particuliers, tout comme la population vieillissante a besoin d’un accompagnement personnalisé, de patience et de respect. Notre staff s’efforce d’aller à la rencontre des gens. On s’efforce d’instaurer un climat de confiance et de faire preuve de bienveillance. Ce sont des compétences qui seront tout aussi importantes pour prendre soin de notre population vieillissante de demain. LAURE-ANNE WARLIN : Quand vous considérez vos équipes de conducteurs aujourd’hui et que vous vous projetez dans cinq ans, qu’est-ce qui change sur le plan démographique ? Qu’est-ce qui vous inquiète, finalement ? JESSICA KNECHTEL : Déjà, le Canada est, par nature, un pays multiculturel. À l’exception de nos peuples autochtones et des Premières Nations, presque tout le monde ici est immigrant ou descendant d’immigrants, moi y compris. Cette réalité, elle est particulièrement visible dans les régions en pleine croissance, comme la région du Grand Toronto, où les communautés, les lieux de travail, les services publics et bien sûr les transports ont évolué pour refléter une diversité en constante évolution de langues, de cultures, de besoins. Et en parallèle, la population dans son ensemble continue de vieillir. Pour les employeurs, c’est une équation qui est en train de remodeler notre vivier de talents disponibles. Ça signifie que la main-d’œuvre de demain sera encore plus diversifiée, parlera plus de langues et sera composée de personnes nouvellement arrivées. Pour nous, ça veut dire que le recrutement et la fidélisation dépendront donc encore plus de notre capacité à offrir de la flexibilité, à veiller à l’accompagnement de chacun et à assurer une formation pratique adaptée aux besoins individuels. Si l’on prend l’exemple de l’Ontario, l’âge moyen pour nos 1 000 chauffeurs d’autobus scolaires, c’est environ 54 ans. Oui, le plus jeune a 22 ans et le plus âgé, 83. Et ces écarts de démographie compliquent la planification et la gestion, parce que l’offre et la demande n’évoluent pas au même rythme ! Il y a des communautés qui connaissent une croissance rapide, d’autres qui vieillissent, et de plus en plus de nouveaux arrivants intègrent le marché du travail. LAURE-ANNE WARLIN : À mesure que la population vieillit, le vivier de main-d’œuvre se réduit, et les opérateurs ont quelquefois bien du mal à recruter. Le sujet démographique bouscule tout le paysage. Quelles méthodes ou quelles approches avez-vous déjà mises en place pour relever ce défi, et comment fonctionnent-elles concrètement ? JESSICA KNECHTEL : Alors, si je regarde, disons, dix ans en arrière, le recrutement était beaucoup plus axé sur le volume : on essayait de pallier, un peu, une pénurie de chauffeurs en utilisant les outils traditionnels des grandes entreprises. On distribuait des prospectus, on passait des annonces dans les journaux locaux et on ratissait large pour obtenir autant de candidatures que possible. À l’époque, ça marchait, mais ce n’était pas très personnalisé et ça relevait davantage du recrutement de masse que d’un recrutement basé sur les relations humaines. Alors que si vous me demandez aujourd’hui quel est notre principal argument de vente, je ne dirais pas que c’est telle ou telle campagne de recrutement ou une brochure. Non, notre principal argument de vente, ce sont nos chauffeurs ! Ce sont eux qui sont le vrai moteur de nos campagnes de recrutement. Ce qui est intéressant, c’est que les gens nous connaissent et nous suivent bien avant même qu’on les rencontre. Il y a une conductrice… elle fait partie de nos équipes depuis environ quatre ans, maintenant. Eh bien, avant même de postuler chez nous, elle était allée à l’école de ses enfants. Elle avait rencontré des chauffeurs de bus scolaires et avait commencé à leur poser des questions. Et c’est justement en discutant avec ces chauffeurs qu’elle a découvert notre entreprise, et elle travaille toujours chez nous aujourd’hui. C’est une approche qui fonctionne, donc ! Dans l’ensemble, pour notre division de transport scolaire en Ontario, en 2025, on a embauché 82 % des candidats sur la base de recommandations. Et dans le secteur du transport scolaire à Toronto, on a embauché 20 personnes de cette manière en 2025, soit environ 96 %. Le bouche-à-oreille, c’est donc un atout considérable pour nos ressources humaines. Et c’est important, parce que ça aide à convaincre les nouvelles générations, qui recherchent la stabilité et la flexibilité, une relation saine avec des employeurs qui se soucient de leur bien-être. Pour prendre un exemple en particulier, nous, on a la capacité de proposer des missions ponctuelles pour celles et ceux qui ne peuvent pas s’engager à travailler cinq jours par semaine. C’est une approche ouverte et flexible : les chauffeurs occasionnels peuvent nous tenir au courant de leurs disponibilités. S’il y a un créneau qui leur convient ou qui est libre, on peut le leur attribuer. LAURE-ANNE WARLIN : Pour anticiper le défi démographique, vous avez déjà diversifié votre vivier de talents de manière très concrète : avec des retraités, des étudiants, des femmes, de nouveaux arrivants au Canada. Pouvez-vous nous raconter comment tout cela a commencé, et ce que ça signifie sur le terrain ? JESSICA KNECHTEL : Eh bien, en tout premier, il y a nos « snowbirds », nos « oiseaux migrateurs » ! C’est comme ça qu’on appelle nos retraités qui travaillent à l’automne, et partent passer l’hiver dans une région plus chaude, puis reviennent au printemps. Au Canada, l’hiver peut être carrément rude ! D’où le petit surnom des « snowbirds ». Notre modèle fonctionne pour eux, parce que ça respecte leur mode de vie tout en valorisant leur expérience. Beaucoup de nos chauffeurs en sont à leur deuxième ou troisième carrière, et ils veulent encore contribuer à la communauté. Ils ont simplement besoin de cette flexibilité. C’est pour ça que, sur le plan opérationnel, on s’applique à toujours disposer d’environ 10 % de chauffeurs de réserve. Ce sont des personnes capables de prendre le relais, d’assurer des itinéraires et de conduire différents types de véhicules. Cette flexibilité est plus importante que jamais et le sera sans doute encore davantage à l’avenir. Nous ciblons aussi activement les femmes. 46 % de nos 1 000 conducteurs d’autobus scolaires en Ontario sont des femmes, et on retrouve le même pourcentage dans la région de Toronto. Ce qui fait vraiment la différence pour nos employés, c’est qu’ils peuvent évoluer au sein de l’entreprise. Ils peuvent commencer comme conducteur d’autobus scolaire, mais aussi évoluer vers un poste de conducteur de transport en commun, ou même former d’autres conducteurs, suivant où et quand ils souhaitent progresser. Offrir ces opportunités d’évolution professionnelle, ça fait vraiment la différence pour nos jeunes collaborateurs. LAURE-ANNE WARLIN : Vous évoquez l’âge moyen de vos conducteurs de bus, 54 ans. La population vieillit, c’est un fait. Comment vous y prenez-vous pour faire face à ce défi et attirer, du coup, des profils plus jeunes ? Et une fois qu’ils sont là, surtout, comment faites-vous pour qu’ils restent ? JESSICA KNECHTEL : Il y a le mentorat, qui joue un rôle essentiel dans ce processus. Et on ne se contente pas de confier un itinéraire à un nouveau conducteur, non : on lui offre l’occasion de se familiariser avec le métier, on l’accompagne aux côtés de conducteurs expérimentés et on fait régulièrement le point avec notre personnel. Je me souviens, il y a… bien longtemps, quand j’ai commencé dans le secteur, il y avait beaucoup d’histoires qui circulaient à propos de chauffeurs qui venaient tout juste d’obtenir leur permis professionnel, et à qui on laissait les clés du bus en leur disant de se lancer sur un itinéraire le jour même. Inutile de dire que ces premières semaines étaient souvent les plus décisives pour nos nouveaux chauffeurs. Beaucoup se sentaient dépassés, car ils n’étaient pas, vous savez, pas réellement préparés à la responsabilité d’avoir des élèves à bord. Donc le soutien d’un mentor, d’un chauffeur expérimenté ou d’un formateur permet de combler le fossé entre la théorie apprise en salle de classe et l’expérience sur le terrain. LAURE-ANNE WARLIN : Dernière question : quand vous pensez aujourd’hui à la manière dont Transdev se prépare au choc démographique, qu’est-ce qui est véritablement source de fierté pour vous ? JESSICA KNECHTEL : Eh bien, en tant que femme, membre d’une minorité, Canadienne de première génération, fille d’immigrants et mère de jeunes enfants, je ressens une grande empathie pour nos employés. Je pense que les dirigeants qui font la différence, ce sont généralement ceux qui se soucient de leurs collaborateurs, qui les soutiennent dans les moments difficiles comme dans les moments de joie. Ce sont ceux qui investissent dans leur développement et qui créent un véritable sentiment d’appartenance. C’est pour ça que la confiance et le soutien, ce sont des valeurs qui ont une importance capitale dans le secteur des transports. Chaque jour, nos chauffeurs comptent sur nous pour les soutenir, les aider dans les moments difficiles et leur permettre de se sentir en sécurité dans un travail qui est très exigeant. Et quand cette confiance est là, les gens ne se contentent pas d’être plus performants. Ils restent, ils grandissent et ils y croient. Et ils ont confiance en leurs capacités. Je me souviendrai toujours de ce conducteur qui m’a dit une fois que le simple fait d’entendre ma voix à la radio lui donnait l’impression que tout allait bien se passer. Ça m’a vraiment marquée, parce que ça montrait à quel point la notion de confiance est essentielle dans notre métier. Parce qu’en fin de compte, c’est un métier qui repose sur les relations humaines. Nous sommes des personnes au service d’autres personnes. Et ça, c’est pas près de changer. Au contraire même : avec les évolutions démographiques, je pense que ça va devenir de plus en plus important. LAURE-ANNE WARLIN : Merci d’avoir écouté ce tout premier épisode de Transdev Forward. Nous espérons qu’il vous a plu. N’oubliez pas de vous abonner sur votre plateforme préférée pour ne manquer aucun épisode, et n’hésitez pas à le partager autour de vous ! À très bientôt.
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