Cartographier la mobilité : le voyage d’un capitaliste durable
Antonio Baldaque da Silva a des convictions fortes sur la manière dont l’économie de marché peut être mise au service de la mobilité. Des convictions forgées par plusieurs décennies passées à Wall Street, entrecoupées de quelques traversées de l’Atlantique — en voilier.
0:04 4 secondes Nous devons nous rappeler que les économies de marché sont au service des populations, à notre service, et 0:11 11 secondes qu’il est donc très important de comprendre comment elles affectent les communautés et comment nous pouvons à nouveau orienter les marchés pour qu’ils soient meilleurs pour les 0:21 21 secondes résultats de ces communautés. La mobilité en serait un exemple très important. Nous avons des difficultés à trouver un 0:28 28 secondes équilibre entre des zones urbaines très dynamiques et des zones moins peuplées qui 0:35 35 secondes sont mises de côté dans ce système. Bien comprendre la valeur sociale que les petites communautés locales 0:44 44 secondes apportent au tissu du pays est également très important. Et pour que nous comprenions quelle est cette 0:51 51 secondes valeur sociale, nous devrions investir davantage dans ces communautés et accepter qu’il existe un compromis 0:59 59 secondes ici. Oui, nous investirons davantage dans ces communautés, mais en échange, nous aurons un pays qui sera 1:07 1 minute et 7 secondes nettement plus équilibré, plus uni, et meilleur pour tout le monde.
Il est toujours rafraîchissant qu’un expert affiche clairement son positionnement.
« Je suis un capitaliste », a déclaré Antonio Baldaque da Silva devant la conférence de The Mobility Sphere à Porto, quelques secondes seulement après avoir pris la parole. Mais cette affirmation n’a rien de défensif ni de provocateur. Elle sert avant tout de point de départ à la discussion.
« Les économies de marché, au cours des 200 dernières années, ont permis des avancées extraordinaires », a‑t‑il affirmé.
Mais après vingt « très bonnes années » passées à Wall Street, Baldaque da Silva est arrivé à la conclusion que « nous sommes allés un peu trop loin » et que « nous devons penser de manière plus durable ».
Il s’est alors tourné vers le monde universitaire et la finance durable, cherchant à concilier efficacité des marchés et résultats sociaux, selon une approche résolument pragmatique :
« Les marchés fonctionnent, mais comprendre quel résultat social nous voulons atteindre et comment utiliser les marchés pour y parvenir… c’est toute la clé. »
Son regard expert sur l’investissement et les flux financiers a apporté un éclairage singulier aux discussions de The Mobility Sphere, notamment sur l’équilibre entre ce qu’il appelle « des zones urbaines très dynamiques » et « des territoires moins peuplés que l’on laisse de côté ».
La finance traditionnelle évite généralement ces territoires, car il y est difficile de dégager des profits. Mais pour Baldaque da Silva, c’est précisément ici que le capitalisme doit évoluer, en élargissant son champ de vision et en acceptant que tous les bénéfices ne soient pas monétaires.
« Il ne s’agit pas seulement d’argent, mais aussi de tous les autres bénéfices pour les communautés », explique‑t‑il.
« Nous devons investir davantage dans ces territoires et, en retour, nous aurons un pays plus équilibré et plus uni. »
Il cite en exemple les banques qui choisissent de maintenir ouvertes des agences non rentables. Un choix rationnel, selon lui, dès lors que l’on valorise correctement les externalités.
Ces externalités — les coûts ou bénéfices sociaux et environnementaux non intégrés dans les prix de marché — constituent sans doute le point où Baldaque da Silva s’éloigne le plus de l’orthodoxie financière.
En donnant une valeur économique aux impacts sociaux et environnementaux, les pouvoirs publics peuvent introduire une nouvelle logique d’investissement, offrant aux investisseurs privés une manière plus pertinente de mesurer les rendements.
Autrement dit, le rôle de l’État n’est pas de remplacer les marchés, mais de les orienter.
« L’idée selon laquelle toute intervention publique serait mauvaise est totalement fausse. »
Si les gouvernements se trompent dans la régulation de sujets tels que les émissions de carbone, la biodiversité ou l’intégration des communautés, les capitaux continueront d’éviter les territoires qui ont le plus besoin de soutien. Mais s’ils agissent correctement, alors « l’argent circule ».
Les systèmes de mobilité souffrent aussi, selon lui, de décisions prises au mauvais niveau de gouvernance.
« Nous avons besoin de décideurs disposant d’une légitimité politique pour prendre des décisions difficiles. »
Ce rôle devrait incomber aux autorités régionales, plutôt qu’à des municipalités fragmentées ou à des États trop éloignés du terrain.
Comme pour souligner son goût pour la remise en question des idées reçues, Baldaque da Silva pratique un loisir peu commun : traverser l’Atlantique en voilier, ce qu’il a fait « à plusieurs reprises ».
« Ce n’est pas le moyen le plus efficace de se déplacer », reconnaît‑il en souriant. Peut‑être pas, mais c’est une illustration inspirante du fait qu’une vie épanouie ne se résume jamais à la seule efficacité.


