La conférence de Porto de The Mobility Sphere : les défis de la mobilité en Europe à travers le prisme portugais
Le think tank The Mobility Sphere a tenu sa réunion de mars 2026 au Portugal, un pays où le contraste entre zones urbanisées et zones rurales est particulièrement marqué. Un contexte idéal pour analyser le creusement de la fracture de la mobilité entre les villes et les territoires délaissés au sein de l’Union européenne.
À l’échelle européenne, il est facile d’avoir l’impression que les politiques de mobilité sont pensées uniquement pour les grandes villes, au détriment du reste du territoire, a entendu le public réuni à Porto.
“« Il est particulièrement pertinent de discuter de cette question au Portugal, un pays où la majorité de la population est concentrée dans les grandes villes », a déclaré François Gemenne, conseiller scientifique de The Mobility Sphere, en ouvrant la conférence. Près des deux tiers de la population portugaise – soit environ 11 millions d’habitants – vivent en ville, principalement à Lisbonne, Porto et Coimbra. Ce déséquilibre n’est pas seulement démographique : il est aussi politique. « Les choix de mobilité transforment la démographie d’un pays », a souligné Gemenne.”
François Gemenne
Membre du GIEC et co-directeur de l'Observatoire Défense et Climat à l'IRIS Conseiller scientifique
Les intervenants ont rappelé que l’inégalité d’accès à la mobilité entre les villes et les autres territoires constitue un puissant moteur des inégalités plus larges observées à l’échelle du continent.
“« Il est particulièrement pertinent de discuter de cette question au Portugal, un pays où la majorité de la population est concentrée dans les grandes villes », a déclaré François Gemenne, conseiller scientifique de The Mobility Sphere, en ouvrant la conférence. Près des deux tiers de la population portugaise – soit environ 11 millions d’habitants – vivent en ville, principalement à Lisbonne, Porto et Coimbra. Ce déséquilibre n’est pas seulement démographique : il est aussi politique. « Les choix de mobilité transforment la démographie d’un pays », a souligné Gemenne.”
Antoine Grange
Directeur général Europe
Cette situation alimente, a mis en garde Sergio Soares, CEO de Transdev Portugal, « un cercle vicieux de désertification ».
“Parallèlement, les dynamiques démographiques évoluent. « Les gens préfèrent vivre en dehors des grands centres urbains », créant de nouveaux schémas de demande auxquels les systèmes existants peinent à répondre, a expliqué Carlos Oliveira Cruz, professeur à l’Instituto Superior Técnico de l’Université de Lisbonne.”
« Quel est le socle qui permet d’accéder à tous ces services et à toutes ces opportunités ? C’est la mobilité. »
L’accès à la mobilité devrait même être reconnu comme un droit constitutionnel, a-t-il plaidé.
Le financement d’un tel droit reste un défi central, selon Antonio Baldaque da Silva, professeur associé et directeur exécutif du Centre pour la finance durable de la Católica Lisbon School of Economics and Business.
« Les solutions dont nous parlons ici ne tombent pas du ciel. Elles nécessiteront beaucoup d’argent », a-t-il insisté.
Les marchés, à eux seuls, ne permettront pas de résoudre le problème.
« L’argent va là où les rendements sont bons », a-t-il expliqué, ajoutant que « prétendre que ces projets seront rentables serait une illusion ».
La politique publique doit donc fixer un cap clair.
« La question n’est pas celle de l’intervention, mais celle de l’objectif de l’intervention », a-t-il déclaré, appelant les gouvernements à « orienter la logique économique vers ce qui est bénéfique pour la société ».
Le service des zones à faible densité relève ainsi « d’une responsabilité collective du pays dans son ensemble ».
« Et il faut accepter d’en payer le prix », a-t-il ajouté.
Au-delà du financement, le manque de planification constitue une faiblesse majeure, qui ne peut être corrigée en ajoutant la mobilité a posteriori, « comme un médicament qui traite les symptômes sans soigner le mal », a estimé Cecilia Silva, spécialiste de l’aménagement du territoire et des transports à l’Université de Porto.
Les politiques actuelles ont, par conception, créé une dépendance à la voiture.
« Si vous n’avez pas le choix, vous utilisez le seul choix disponible », a-t-elle expliqué, décrivant l’usage massif de la voiture comme une contrainte plutôt qu’une préférence.
Conduire « dans des rues saturées » n’est pas une forme de liberté. La véritable liberté réside dans l’existence d’alternatives.
« Cela signifie que si vous ne voulez pas conduire, vous n’y êtes pas obligé. »
La technologie est apparue à la fois comme une opportunité et comme un risque. Oliveira Cruz l’a qualifiée « d’outil », tout en rappelant que « la technologie ne doit pas dicter l’évolution de nos villes ».
Les intervenants ont néanmoins souligné son potentiel, notamment dans les territoires peu denses, où l’intelligence artificielle peut aider à anticiper la demande et à concevoir des services flexibles et hybrides.
La gouvernance pourrait toutefois constituer l’obstacle le plus difficile à surmonter.
« Nous avons besoin de décideurs dotés d’une légitimité politique pour prendre des décisions difficiles », a plaidé Baldaque da Silva, appelant à un renforcement des autorités régionales.
Dans le même temps, les défaillances en matière de communication publique fragilisent le soutien des citoyens à l’action de l’État.
« Il existe une incapacité totale à expliquer ce qui est fait », a regretté Oliveira Cruz.
« Les gens ne sont pas stupides. »
La mobilité ne se limite jamais à elle-même. Elle renvoie à des enjeux plus larges de gouvernance, de liberté, de compétences et de solidarité, a conclu François Gemenne.
En définitive, la manière dont nous traitons la mobilité reflète des convictions fondamentales sur « la société que nous voulons construire ensemble ».





