Démocratie, mobilité et changement climatique : où allons-nous ?
Ulrike Guérot : « Il y a aussi une sorte de problème épistémique : nous connaissons la plupart des données et nous n'agissons pas pour autant. La protection du climat en est un bon exemple : cela fait 40 ans que l'on parle du réchauffement climatique et nous n'avons des politiques approfondies et une sensibilisation du public que depuis quelques années, mais d'une certaine manière, on peut dire que cela arrive tardivement. Ce qu'il faut absolument éviter, c'est que le thème de la mobilité mène à une sorte de "re-féodalisation". C'est une évidence statistique : si l'on regarde les écarts de revenus, on peut facilement affirmer que la mobilité, en termes de liberté, devient quelque chose pour les riches, un luxe. On peut le voir de manière très précise dans des villes comme Londres ou Paris avec la réglementation automobile et les frais de stationnement : posséder une voiture dans une grande ville est devenu un luxe. Je pense que ce qui peut être fait, c'est de "rendre les villes aux citoyens". Je vois là un objectif très démocratique. Si vous regardez la surface d'une ville aujourd'hui, la majeure partie de l'espace est attribuée aux voitures. Pourquoi ne pas rendre les villes aux citoyens ? Cela permettrait d'éviter que le discours sur le climat ne soit perçu comme une suppression de la liberté. Il y a deux dangers : la re-féodalisation (où l'avion, la voiture ou la viande ne seraient que pour les riches), ce qui est très dangereux pour nos sociétés démocratiques basées sur l'égalité, et le passage à des politiques de contrôle numérique, comme nous l'avons expérimenté avec les codes-barres durant le Covid. Nous devons naviguer dans ce que j'appelle le "triangle des Bermudes" de la mobilité : la liberté, le climat (les ressources) et le social au milieu. Nous devons reconquérir nos villes. Si nous pouvons revenir sur l'idée post-Seconde Guerre mondiale selon laquelle nos villes doivent être adaptées à 80 % pour la voiture et les rendre aux citoyens, ce serait à la fois social, respectueux du climat et garant de la liberté. C'est ce que j'appelle mon triangle des Bermudes. »
Dans cette interview, Ulrike Guerot, Politologue et Fondatrice de l'European Democracy Lab, partage son avis sur l'avenir de l'Europe : entre mobilité et urgence climatique.
Il y a un problème épistémologique aujourd’hui, car même quand nous avons la plupart des données, nous n’agissons pas pour autant. Le climat est un bon exemple : depuis 40 ans, nous parlons de réchauffement climatique mais depuis quelques années seulement, nous mettons en place des politiques approfondies. L’action vient tardivement.
Que pouvons-nous faire ? Nous devons éviter d'aborder le thème de la mobilité comme une sorte de re fertilisation. En termes de liberté, la mobilité est un luxe réservé aux riches. Si nous regardons des villes comme Londres ou Paris, il est clair qu’avoir une voiture dans une grande ville coûte cher avec le stationnement, idem pour l'espace qui leur est réservé. Pourquoi ne pas re donner la ville aux citoyens ? Il faut toutefois faire attention à :
- La re fertilisation : des habitudes comme prendre l’avion, utiliser la voiture, ou encore manger de la viande ne seront réservés qu’aux riches. Cela est très dangereux pour les sociétés démocratiques qui sont toutes basées sur un pied d’égalité des citoyens.
- Ne pas adopter des politiques de contrôle. Nous avons vu avec le Covid, qu’il y avait beaucoup de théories du complot. Ces tendances émergent lorsque nous commençons à contrôler et à réglementer les déplacements des individus.
Les réponses que nous devons donner, doivent êtres démocratiques, doivent gérer le problème du contrôle tout en gérant la question de la re fertilisation.
Auparavant, nous avons créé nos villes pour les voitures, et ce, à hauteur de 80%. Si nous pouvons revenir en arrière et redonner les villes aux citoyens, je pense que cela pourrait être une bonne démarche qui serait sociale, favorable au climat et qui maintiendrait la liberté.
d’équivalent CO2



