Injustice spatiale et mobilité : au-delà du simple sentiment d'éloignement

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Que signifie ressentir une injustice liée à son territoire ou à ses déplacements ? Pour y répondre, les chercheurs ont interrogé un échantillon représentatif de 4 000 Français sur leur vécu concret des injustices. Les conclusions dépassent l'idée reçue selon laquelle la mobilité serait une baguette magique capable d'effacer les distances.

Comment l’injustice éclaire les enjeux de mobilité ? Jacques Lévy & Martin Vanier

Dans cette interview réalisée lors de l'événement organisé par Geonexio en avril 2026, le think & do tank de Transdev en France, Jacques Lévy et Martin Vanier présentent les enseignements d'une recherche sur les perceptions de la justice et de l'injustice en France. Fondée sur une enquête menée auprès de 4 000 personnes, cette réflexion met en lumière la diversité des expériences et des attentes des citoyens, ainsi que le rôle des territoires et de la participation collective dans la construction de solutions plus justes et inclusives.

Jacques Lévy (Cherheur, membre de Chôros) : "Nous avons travaillé sur la justice, mais aussi spécifiquement sur l'injustice, en demandant à un échantillon représentatif des Français — 4 000 personnes — quelles étaient les injustices qu'ils avaient vécues, quelles étaient leurs expériences d'injustice. Cela dresse un paysage vraiment impressionnant de diversité, de souffrance aussi." Martin Vanier (Consultant, Acadie) : "Et en conclusion de ce travail, je crois que le plus important, c'est de prendre en compte le fait qu'il n'y a plus aujourd'hui de capacité de se rassembler autour d'une conception unique et dominante du juste et de l'injuste." Jacques Lévy : "Là, on est dans un paysage plus éclaté et avec une entrée par l'individu, ce qui était dans la logique de la question, mais qui reste individuelle chez beaucoup." Martin Vanier : "Beaucoup plus fréquemment que ce qu'on pourrait estimer être l'expression de leur part d'une attente géniale selon laquelle : « J'habite loin, mais c'est pas grave, la mobilité va résoudre tous les problèmes d'éloignement. » Pour moi, les grandes différences géographiques qui donnent une dimension spatiale à la justice sont moins dans l'expression des problèmes — « C'est pas juste parce que j'habite ici », bah oui, bien sûr, c'est différent qu'ailleurs —, mais sont dans le fait que je trouve dans mon territoire, ou je ne trouve pas dans mon territoire, la possibilité de participer aux solutions collectives qui rendent les choses plus justes. Là, il y a des différences entre territoires. Elles s'expriment très fortement de la part des élus, mais aussi de la part des citoyens, et c'est ce qui fait la dimension spatiale de la justice."

Un paysage éclaté des ressentis

Le travail a porté sur la justice, mais aussi spécifiquement sur l'injustice, en demandant aux personnes interrogées quelles étaient les injustices qu'elles avaient vécues.

Il n'existe plus aujourd'hui de conception unique et dominante du juste et de l'injuste. Les expériences sont devenues éminemment individuelles, diverses, et parfois empreintes d'une réelle souffrance.

Jacques LévyChercheur, membre de Chôros
“Cela dresse un paysage vraiment impressionnant de diversité, de souffrance aussi.”
Jacques LévyChercheur, membre de Chôros

L'injustice spatiale, une affaire d'action collective

L'iniquité géographique ne réside pas tant dans le constat d'habiter loin des centres-villes que dans la capacité, ou l'incapacité, de trouver sur son territoire les moyens d'agir.

Habiter loin en comptant sur la mobilité pour résoudre tous les problèmes d'éloignement relève d'une attente que l'enquête ne confirme pas. La dimension spatiale de la justice se joue ailleurs, et ces différences entre territoires s'expriment fortement, de la part des élus comme des citoyens.

Martin VanierConsultant, Acadie
“Les grandes différences géographiques qui donnent une dimension spatiale à la justice sont dans le fait que je trouve dans mon territoire, ou je ne trouve pas dans mon territoire, la possibilité de participer aux solutions collectives qui rendent les choses plus justes.”
Martin VanierConsultant, Acadie

Pour bâtir des politiques de mobilité plus équitables, il ne suffit donc pas d'ajouter des kilomètres de lignes : il faut donner aux citoyens et aux élus les moyens d'être acteurs des solutions de leur propre bassin de vie.

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