Mobilité dans les zones peu denses : en finir avec l'illusion du « transport public partout »
Comment assurer une mobilité efficace et décarbonée en dehors des centres métropolitains sans dilapider les finances publiques ?
La réponse tient en un principe : cesser de déployer partout la même offre, cibler la massification là où les flux la justifient et mettre le bon mode au bon endroit. Dans une intervention sans concession pour Geonexio, Jean Coldefy pointe les limites du modèle actuel et appelle à un choc de pragmatisme entre pertinence technique, choix des investissements et gouvernance.
Quels obstacles à la mobilité dans les zones peu denses ? - Jean Coldefy | Transdev
Dans cette interview réalisée lors de l'événement organisé par Geonexio en avril 2026, le think & do tank de Transdev en France, Jean Coldefy analyse les défis de l'organisation des mobilités en France. Il souligne la nécessité d'adapter les solutions de transport aux réalités de chaque territoire, en favorisant une utilisation plus efficace des ressources publiques et en développant des réseaux capables de répondre aux principaux flux de déplacement entre espaces urbains, périurbains et ruraux.
"On a un espèce d'empilement administratif très important, ce qui fait que les décisions importantes sur la vie quotidienne des Français ne se prennent pas à l'échelle communale, mais à l'échelle supracommunale, sans élection au suffrage universel direct. Et donc, objectivement, les Français n'y comprennent plus rien. Le deuxième point majeur, c'est du fait de cette dichotomie rurale / urbain, une fois de plus complètement artificielle, on veut mettre des transports publics partout. Le principe même du transport public, c'est qu'il soit utilisé. C'est un transport de masse, et pour qu'il soit utilisé, il faut de la densité. Donc il faut choisir ses combats, c'est-à-dire qu'il faut analyser les flux et regarder sur les origines et les destinations où est-ce qu'il y a un nombre suffisant de personnes et il y en a où on peut massifier les flux, c'est-à-dire mettre en place du transport public. C'est l'objet des SERM, des Services Express Régionaux Métropolitains. Donc on sait que les TER pour accéder aux villes sont aujourd'hui complètement saturés, donc il faut aussi penser cars. Et on peut avoir des cars qui peuvent desservir des origines-destinations là où il n'y aura pas de train et là où il n'y en aura jamais, tout simplement parce qu'il n'y a pas de voie ferrée, et venir en renforcement de liaisons ferroviaires existantes. Soyons un peu plus efficients : si on considère que l'argent public est une denrée rare et s'il faut en faire le meilleur usage, il va falloir qu'on focalise l'argent public."
Le mille-feuille administratif : une perte de repères pour les citoyens
En matière de mobilité, l'empilement des strates administratives et des compétences rend les arbitrages illisibles. Les décisions structurantes sont désormais prises à des échelons supracommunaux sans élection directe, ce qui éloigne les citoyens de la fabrication des politiques de transport.
Cette distance a un coût politique. Quand personne n'identifie clairement qui décide de l'offre de transport sur son territoire, les choix d'investissement deviennent difficiles à expliquer, et plus encore à faire accepter.
Cibler la massification là où elle a du sens
Vouloir déployer des lignes de bus ou de train partout de manière homogène est une erreur écologique et financière. Par définition, le transport public est un transport de masse, qui nécessite une certaine densité pour être pertinent. En zone peu dense, deux leviers s'imposent :
- Analyser précisément les flux origine-destination pour repérer les axes prioritaires, plutôt que de calquer l'offre sur les limites administratives.
- Miser sur la complémentarité fer et car : alors que les TER sont saturés, le car express représente la solution d'avenir pour les liaisons périurbaines là où il n'y a pas de voies ferrées.
L'exigence d'efficacité budgétaire
Face à la raréfaction des ressources publiques, chaque euro investi dans la transition des mobilités doit être maximisé. Une ligne surdimensionnée par rapport à sa fréquentation mobilise durablement des moyens d'exploitation qui feraient défaut ailleurs, sur des axes où la demande existe réellement.
L'enjeu n'est donc pas d'opposer les modes de transport entre eux, mais de mettre le bon mode au bon endroit, en assumant que la réponse ne sera pas la même dans une métropole et dans un bassin de vie périurbain.
“Le transport public est un transport de masse : il nécessite une certaine densité pour être pertinent. L'enjeu n'est pas d'opposer les modes, mais de mettre le bon mode au bon endroit.”

