Quels sont les principaux enseignements de votre étude « La France habitée » ?

Le 11 avril 2025
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Jacques Lévy

Géographe, titulaire du prix Vautrin Lud

« La question de l'acceptabilité est centrale. Pour que la mobilité de demain soit adoptée par le plus grand nombre, elle ne doit pas être perçue comme une contrainte ou comme une régression de la liberté individuelle. Au contraire, elle doit apporter une réelle valeur ajoutée au quotidien des citoyens. L'acceptabilité passe par la preuve : il faut démontrer que les nouvelles solutions de mobilité, qu'elles soient partagées, électriques ou autonomes, sont plus simples, plus fiables et plus économiques que le modèle actuel. Mais elle passe aussi par l'accompagnement au changement. On ne peut pas imposer de nouveaux usages sans expliquer le "pourquoi" et sans offrir des alternatives crédibles. C'est en plaçant l'humain au centre de la conception des services de transport et en étant transparent sur les bénéfices collectifs — comme la santé ou la qualité de l'air — que l'on lèvera les freins et que l'on fera de la transition vers une mobilité durable un projet de société partagé. »

Les deux principales choses que nous avons découvertes, c'est d'abord qu'il y avait deux mots qu'on croyait des synonymes qui ne le sont pas : "résident" et "habitant".

 Résidence, c'est ce que mesure classiquement les recensements. On imagine que les gens restent sur place à leur domicile pendant 5 ans, ce qui évidemment n'est pas le cas. Et donc le fait de pouvoir savoir où sont les gens à tout moment et avec une grande finesse dans la granularité des zones qu'on mesure, eh bien nous permet de voir qu'il y a des grosses différences, parce que donc il y a des gens qui ne restent pas là où ils résident, et puis il y a des gens qui viennent d'ailleurs dans les zones où certains résident. Donc c'est une autre carte en fait, c'est une autre géographie que nous avons peu à peu construite.

Et puis l'autre découverte, c'est que, inversement, deux choses qu'on pensait très différentes - le séjour et la mobilité - eh bien on s'aperçoit que c'est la même chose. C'est un peu les deux faces d'une même médaille. C'est la même chose qu'on mesure sous un angle différent, parce que nous avons l'occasion - bien sûr qu'on aurait pu le faire avant ces données, mais ces données nous donnent l'occasion - de rompre avec le mythe selon lequel on serait quelque part, on serait enraciné comme une plante, disait Norbert Elias, et que de temps en temps on bougerait pour aller dans un autre lieu.

En fait, ce n’est pas comme ça que ça se passe. On vient toujours de quelque part, on va toujours quelque part, et entre les deux on est relativement fixe. D'ailleurs, on n'est jamais totalement fixe, mais enfin on est un peu plus fixe, et c'est ce qu'on appelle un séjour. Et donc cette dialectique séjour-mobilité, qui était pensée autrefois comme deux réalités distinctes, c'est plutôt une manière de penser la vie quotidienne de nos contemporains.

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